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Le décorticage de l’apprentissage des langues étrangères (et quelques conseils)

by on juillet 18, 2016

Une éducation bilingue

Je dois d’abord dire que j’ai vraiment de la chance d’être né à Singapour, où les journaux sont publiés dans nos quatre langues officielles – l’anglais, le mandarin, le malais et le tamil – et où l’apprentissage d’une deuxième langue est obligatoire. La deuxième langue imposée à chaque élève dépend de son appartenance ethnique. Je suis d’origine chinoise, et j’ai donc appris le mandarin. A Singapour, il existe également la possibilité d’apprendre une troisième langue, par exemple le français ou l’espagnol. Je ne sais pas si être exposé à une éducation bilingue peut améliorer les capacités cognitives, mais je dois dire que, pour moi, l’apprentissage de l’anglais comme première langue et du mandarin comme seconde langue a certainement préparé le terrain pour ma passion pour l’acquisition des langues. Au lycée, une journée typique comprenait l’enseignement de chaque matière – sauf  le mandarin – en anglais ; après les cours, à la maison, je parlais mandarin avec ma famille, sauf avec ma grand-mère paternelle, avec qui je parlais teochew (une variété de chinois, parlée dans le sud de la Chine). Bien que je ne puisse pas parler au nom de tous les Singapouriens, ce milieu m’a sans aucun doute aidé à établir des liens entre les différentes langues. Je dois bien accorder toute ma reconnaissance à mon alma mater, Bukit Panjang Government High School, pour ses excellents enseignants, qui m’ont aidé à devenir véritablement bilingue. Ayant étudié à Londres pendant plus de deux ans, je suis parvenu à m’adapter aux différents types d’anglais, car l’anglais singapourien standard est parfois différent de l’anglais britannique standard : par exemple, à Singapour, les deux termes « flip-flops » et « slippers » sont souvent utilisés de manière interchangeable. Au Royaume-Uni, par contre, les  « slippers » sont les chaussures épaisses portées en hiver chez soi (les chaussons). Je suis étudiant en sciences économiques, option histoire économique, ce qui m’a fait me poser des questions à propos de l’utilisation du mandarin dans les situations qui exigent le jargon économique. Pour cette raison, et aussi parce que je veux maintenir mon niveau de mandarin, je suis un cours de chinois des affaires de niveau avancé à l’Institut Confucius de Londres à l’École d’économie et de sciences politiques de Londres (LSE en abrégé). Je n’ai jamais reçu de formation formelle ni en termes techniques ni en traduction, et je suis vraiment heureux d’être maintenant exposé à ces éléments en apprenant le mandarin.

Raison, but et détermination

L’idée d’apprendre une langue étrangère a d’abord surgi lorsque je faisais mon service militaire en 2012. A l’époque, lorsque j’ai su que j’allais me diriger vers la LSE, j’ai tout de suite pensé que la langue française pourrait être utile en Europe de l’Ouest. J’ai donc commencé à suivre des cours à l’Alliance française de Singapour. Après un certain temps, je suis tombé amoureux de cette langue romane. Je ne mâcherai pas mes mots – c’était difficile, en particulier quand la majorité de mes amis de l’époque ne parlaient pas français. Heureusement, la situation s’est améliorée lorsque je suis arrivé à Londres en septembre 2013 et je me suis fait de nouveaux amis francophones, qui m’aident et m’encouragent. Certains d’entre eux m’ont même invité chez eux, à Paris, à Brest et dans d’autres belles villes françaises. En raison de leur gentillesse et de mon engouement croissant pour la langue, je me suis dit que j’allais travailler dur et passer le Diplôme approfondi de langue française [DALF] C2 d’ici l’année 2015. M’étant fixé un but précis, mon apprentissage n’en a été que plus efficace, car cet objectif a créé une sorte de stress bénéfique. En effet, l’examen était un rappel constant, quotidien, du fait que j’avais besoin de faire preuve de plus d’énergie pour me rapprocher un peu plus d’un succès au DALF C2.

Pendant mes séjours chez mes amis français, j’ai eu le luxe de parler français avec ces familles, pendant des heures. C’était l’une de mes expériences les plus utiles car je me suis habitué à des expressions familières et couramment utilisées. C’était ainsi que j’ai pu progresser, passant de la maîtrise d’une poignée de phrases apprises par cœur, à une expression fluide et certaine. Je dois  ajouter que ces séjours en famille étaient opportuns ; ni trop tôt, ni trop tard. A l’époque, j’avais dépassé le niveau A2 et venais d’acquérir un niveau B1. Je dirais que – mais prenez ce que je dis avec des pincettes – c’est probablement un moment opportun pour faire ces séjours, parce que l’on connaît suffisamment de questions simples et de phrases clés pour participer à une conversation de base, mais pas suffisamment pour s’être trop habitué aux expressions utilisées dans les manuels scolaires. En plus, ma connaissance de la culture française s’est améliorée. Je crois sincèrement qu’une nouvelle langue est vraiment un passeport pour entrer dans une toute nouvelle culture, et j’ai ainsi persévéré dans mon apprentissage du français. Selon l’expression de l’hyper-polyglotte Tim Doner : « une langue est un témoignage vivant, de l’histoire et de la vision du monde, d’une culture, pas un trophée brillant dépoussiéré pour l’auto-encensement de quelqu’un. » C’est vraiment la riche communication interculturelle qui m’a incité inconsciemment à vouloir maîtriser cette langue, et l’obtention du DALF C2 l’année dernière n’était que secondaire car tous les autres avantages souvent oubliés ont, en réalité, une valeur encore plus importante. Il est essentiel de garder à l’esprit qu’un examen ne devrait pas être le but suprême, et les débutants en langue(s) devraient toujours tenter d’aller plus loin. Moi, par exemple, je suis heureux d’avoir l’opportunité de débattre prochainement en français à l’occasion d’une simulation d’une conférence des Nations Unies de la Méditerranée, à Menton, en France.

Apprendre une nouvelle langue, faire des parallèles, la parler

Je ne sais pas pourquoi, mais après avoir appris le  français pendant environ un an, j’ai décidé de me mettre à apprendre le japonais. Je suppose que j’ai vu cela comme un défi personnel. Grammaticalement, le japonais est différent de l’anglais, du mandarin et du français. L’usage de particules à l’oral m’a initialement paru nouveau, mais je me suis rendu compte que le mandarin, ou le chinois en général, possède des particules qui servent à marquer des relations syntaxiques dans une phrase. Je ne l’avais tout simplement pas remarqué auparavant, car je n’ai jamais appris le mandarin de manière rigoureuse. Prenons un exemple : les deux particules 吗 (ma) en mandarin et か (ka) en japonais sont utilisées à la fin d’une phrase pour signifier qu’il s’agit d’une question. Il peut être très utile d’établir des liens entre différentes langues, et j’ai commencé à faire plus d’attention aux similarités entre langues en termes de grammaire, de vocabulaire et de sonorité. J’étais étonné de m’apercevoir que le « u » français est prononcé comme le « ü » mandarin (par exemple, dans 绿, lü). Environ un an après avoir commencé le japonais, j’ai décidé d’apprendre encore une nouvelle langue – l’allemand. A mon avis, l’acquisition de plusieurs langues rend l’apprentissage d’une langue supplémentaire plus facile. Je dois admettre que j’ai été un peu choqué, car le fait que les verbes soient utilisés à la fin d’une proposition a demandé un certain temps d’adaptation.

Cependant, lorsque quelqu’un s’habitue à découvrir des relations entre différentes langues, il a de plus en plus tendance à mieux saisir les nuances. En tant que débutant en espagnol, j’essaie d’établir le plus de liens possibles avec le français (et parfois, avec l’anglais). La langue espagnole a aussi des sons de voyelle semblables à ceux de japonais, ce qui est bénéfique. Les langues asiatiques et les langues européennes peuvent fonctionner différemment, mais certains sons sont en fait transférables. De surcroît, pendant que j’apprends l’allemand, j’aime faire attention aux origines de quelques mots anglais. Par rapport au français, la langue allemande est moins nasale, ce qui m’a aidé parce que je fais toujours un effort conscient pour avoir des accents différents en parlant les deux langues. L’allemand a également beaucoup plus de variétés régionales (ou de dialectes) que le français, et on ne peut s’empêcher de se dire que les événements historiques clefs ont dû avoir un impact durable sur les langues officielles d’un pays. En plus de trouver des liens entre langues, une autre chose évidente à faire afin de s’améliorer est de parler avec des locuteurs natifs. Je me considère chanceux d’étudier au centre de Londres, à l’une des universités les plus internationales, car cela signifie que je rencontre des personnes venant du monde entier. J’ai, à plusieurs reprises, fait des séjours en famille d’accueil à Munich, à Ulm et à Heidelberg, où je me suis rendu compte que les dialectes de l’allemand sont très différents du Hochdeutsch (allemand écrit standard). Par ailleurs, j’ai aimé avoir des conversations avec mes amis japonais et, plus récemment, avec mes amis espagnols. En plus, des séances de tandem sont souvent organisées par les différentes universités londoniennes et les réunions de polyglottes sont parfois initiées par des passionnés. J’apprécie grandement ces opportunités.

Garder sa passion intacte et prendre du plaisir

Voici deux défis principaux dans l’apprentissage de  langues étrangères : avoir le courage de parler la langue dès le début, ainsi que garder sa passion intacte au cours de ce processus. Outre l’intérêt économique de l’apprentissage d’une nouvelle langue, il faut avoir une motivation intrinsèque et apprécier la langue, ce qui aide à persévérer. J’ai tissé des liens d’amitié très sincères, m’ouvrant ainsi à d’autres cultures. De plus, j’ai pu vivre des moments forts, par exemple lors d’une réunion de polyglottes à Berlin, où un Slovène m’a parlé en taïwanais à propos de ses expériences à Taiwan, et où je lui ai répondu en mandarin (puisque je ne parlais pas  taïwanais couramment). Ce sont des moments précieux qui me sont particulièrement chers, et des moments comme celui-ci me poussent à continuer à faire des efforts dans ce parcours et à apprendre encore plus de langues étrangères.

One Response to “Le décorticage de l’apprentissage des langues étrangères (et quelques conseils)”

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    Merci pour cet article

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